La légende du vent

Ecoutez La légende du vent, racontée par Jude Joseph, conteur-comédien Haïtien

Toute la nuit le vent a soufflé, saccageant le jardin de Man Si, la mère de Ti Jean. Au petit jour, Ti Jean se lève, ouvre la porte : toutes les tiges de maïs, tous les bananiers sont couchés sur le sol, où ils se plaquent comme une chevelure mouillée.
 
Ti Jean dit à sa mère :
- Man Si, je sais où habite le vent. C’est dans la grotte que tu vois là-bas, dans la montagne. Il dort en ce moment, et je vais profiter de son sommeil pour boucher l’entrée de la grotte. Comme ça il ne pourra plus venir saccager ton jardin.
- Bon.
 
Ti jean fabrique un gros, gros bouchon, le charge sur son épaule, puis s’en va. Il marche longtemps. Il marche, il marche, il marche ! Il arrive enfin à la grotte du vent. Le vent se réveille, voit le bouchon. Il se jette aux pieds de Ti jean :
 
- Ne fais pas ça, Ti Jean ! Je t’en prie, ne fais pas ça ! Je te donnerai une poule merveilleuse. Tu n’auras qu’à lui demander de l’or, et elle t’en pondra autant que tu voudras.
- Bon ! fait Ti Jean, donne-moi cette poule.
 
Le vent lui donne la poule. Et Ti Jean, tout heureux, prend le chemin du retour. Il marche longtemps. Longtemps ! Bientôt la nuit vient. Ti Jean est fatigué, ses pieds lui font mal. Il arrive enfin à une case où habite une vieille.
 
- Bonsoir, grand-mère, dit-il. Je suis fatigué, puis-je me coucher
ici ?
- Mais oui, Ti Jean, répond-elle aimablement, tu peux te coucher ici. Prends mon lit.
La vieille a un visage honnête. Ti Jean lui confie la poule et lui recommande de faire attention qu’on ne la vole pas.
- C’est, dit-il, une poule qui pond de l’or.
 
Ti Jean se couche. Il dort jusqu’au lendemain matin. A son réveil, la vieille lui remet une autre poule qui ressemble tout à fait à la sienne. Ti Jean ne s’aperçoit pas de la tromperie. Il remercie la vieille, reprend sa route, arrive enfin chez lui.
 
- Tu as enfermé le vent ? lui demande sa mère.
- Non, Man Si, répond Jean. Il m’a donné une poule qui pond de l’or.
- Ne me dis pas ! fait Man Si, émerveillée.
 
Elle ordonne à la poule de pondre, et la poule ne lui donne que de la fiente. Ti Jean est furieux.
Le lendemain, en effet, il se rend dans la montagne.
Le vent se jette encore à ses pieds :
- Ne fais pas ça ! Je te donnerai un âne merveilleux. Tu n’auras qu’à lui demander de l’or, et il t’en donnera autant que tu voudras.
 
Ti Jean le regarde dans les yeux. Il voit que le vent ne ment pas.
- Bon ! dit-il, donne-moi cet âne.
 
Le vent donne l’âne à Ti Jean. Ti Jean est heureux, il prend le chemin du retour. Il marche longtemps, longtemps. Bientôt la nuit arrive. Ti Jean est fatigué, ses pieds lui font mal. Il s’arrête de nouveau chez la vieille :
 
- Bonsoir, grand-mère. Je suis fatigué, puis-je encore me coucher
- Mais oui, Ti Jean, tu peux te coucher ici. Prends mon lit.
 
Ti Jean lui confie son âne et lui recommande de faire attention qu’on ne le vole pas.
- C’est, dit-il, un âne qui fait de l’or.
Ti Jean se couche. Il dort jusqu’au lendemain matin. A son réveil, la vieille lui remet un âne qui ressemble tout à fait au sien. Ti Jean ne s’aperçoit de rien. Il remercie la vieille et s’en retourne chez lui.
 
- Man Si, dit-il en entrant dans la case, je n’ai pas bouché la grotte du vent. Il m’a donné un âne qui fait de l’or.
- Voyons ça, dit, soupçonneuse, la mère de Ti Jean.
 
L’âne ne fait que du crottin. Ti Jean est furieux.
- Man Si, dit-il, demain j’irai boucher la grotte du vent. Ce sera pour de bon cette fois-ci, car le vent m’a trompé de nouveau.
 
Le lendemain, le vent se jette encore à ses pieds :
- Ne fais pas ça, Ti Jean ! Je t’en prie, ne fais pas ça ! Je te donnerai une baguette merveilleuse. Tu n’auras qu’à lui dire "Tikiti", et elle te donnera des diamants tant que tu en voudras.
- Bon, fait Ti Jean, donne-moi la baguette. Tant pis pour toi seulement, si tu te trompes encore cette fois-ci.
 
Il s’en va, s’arrête chez la vieille pour dormir et lui confie sa baguette.
- Cette fois-ci, grand-mère, dit-il, fais bonne garde. Celui qui possède cette baguette n’à qu’à lui dire "Tikiti" pour qu’elle lui donne des diamants tant qu’il en voudra.
- De quoi t’inquiètes-tu ? réplique la vieille, tu m’avais confié une poule, puis un âne. Ne te les ai-je pas rendus ?
- C’est vrai ! reconnaît Ti Jean.
 
Il se couche et ne tarde pas à s’endormir. Aussitôt la vieille dit à la baguette :
- Tikiti !
 
Au lieu de lui donner des diamants, la baguette se jette sur la vieille et la bat furieusement. La vieille pousse des hurlements. Ti Jean se réveille.
- Qu’y a-t-il, grand-mère ? demande-t-il.
- Sauve-moi, Ti Jean, sauve-moi ! crie-t-elle. J’ai dit à la baguette "Tikiti", et voici maintenant qu’elle veut me tuer. Sauve-moi ! Je te rendrai ta poule et ton âne.
Ti Jean n’a pas le temps d’intervenir. La baguette frappe la vieille à la tempe, et elle tombe par terre, raide morte.
 
Ti Jean va aussitôt dans la cour, prend sa poule, son âne, et la baguette sous le bras, les conduit fièrement chez sa mère.
C’est ainsi que Ti Jean n’a pas bouché la grotte du vent, et c’est aussi pourquoi le vent a toute liberté de détruire le travail des pauvres paysans d’Haïti.

Légende de la tradition Haïtienne

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